Entrevue avec le Dr Amit Dotan
Mercredi 22 juin 2016
L’Hôpital de Montréal pour enfants accueille chaque année des douzaines de boursiers en provenance de divers pays grâce à une combinaison de dons et de subventions gouvernementales. Des médecins qui visent l’excellence et dont les témoignages sont de véritables inspirations. Apprenez à connaître le Dr Amit Dotan, un boursier en hémato-oncologie qui partage sa vie entre trois continents.
Dr Dotan, vous pourriez pratiquer la médecine en Israël, votre pays d’origine, mais vous avez quand même choisi de venir au Canada. Pourquoi?
Ma femme est spécialiste en médecine interne et je voulais que notre famille vive l’expérience d’une culture différente. Le Dr Mark Clarfield, anciennement de McGill et aujourd’hui doyen d’une faculté de médecine internationale de l’Université Columbia University à Beer-Sheba, et attaché à l’hôpital où je travaillais, nous a parlé de l’excellente formation que l’on donnait au Children. Nous avons eu l’impression que l’endroit nous conviendrait parfaitement et avons eu la chance de compter sur les bourses pour nous aider à déménager ici.
Avez-vous eu de la difficulté à trouver une maison et tout ce qui est associé à un déménagement de cette envergure?
La partie la plus difficile n’est pas le déménagement comme tel. Nous connaissions des Israéliens à Montréal et ils nous ont réservé un appartement à partir de photos qu’ils nous avaient envoyées. Ce fut plus difficile de trouver un équilibre entre notre travail exigeant et nos trois enfants. En Israël, nous pouvions compter sur les grands-parents. Mais ici, nous avons dû adapter nos horaires. Ma femme et moi alternions nos heures au laboratoire de recherche parce que cela offre plus de souplesse, mais nous avons connu tous les deux des périodes intensives comme médecin. Heureusement, nous pouvons compter sur des amis pour nous aider.
Pourquoi avez-vous choisi de vous spécialiser en hématologie-oncologie?
J’avais choisi cette spécialité dès ma première journée à la faculté de médecine. Le cancer est un mot qui inspire la crainte. Bien que ce soit très émotif parce que vous rencontrez des familles dont le monde semble s’écrouler, il y a plus d’optimisme que les gens peuvent le croire : la plupart des enfants survivent. J’aime offrir un soutien psychologique aux gens; mon travail déborde souvent du cadre médical.
Est-ce dans le même esprit que vous avez ouvert une clinique dans un petit village en Éthiopie?
Oui. Pendant mes années d’études en médecine, j’ai eu l’occasion de travailler à Addis-Abeba. Ma femme m’a accompagné. J’aimais particulièrement faire du bénévolat dans un orphelinat pour enfants atteints du VIH. À cette époque, il n’y avait aucun traitement spécifique pour ces enfants, bien que Sœur Maria, qui dirigeait l’orphelinat, leur prodiguait des soins. Il y avait au moins un décès par semaine. Lorsque les traitements spécifiques sont devenus disponibles, nous avons mis en place un système pour nous assurer que tous les enfants prenaient leurs médicaments. Nous tentions de les soigner de façon très intensive tout en essayant de leur offrir le soutien émotif dont ils ont besoin, étant dans un orphelinat : jouer, apprendre… Lorsque nous avons appris que les religieuses avaient de la difficulté à mettre sur pied une clinique dans un village appelé Zizencho, cela est venu nous chercher. Les Éthiopiens sont considérés comme pauvres aux yeux des Occidentaux, mais il y a du bonheur et un équilibre dans leur vie. Je me suis senti privilégié de vivre parmi eux pendant cette période.
