Un don du cœur

Par Fondation du Children,

Après 267 jours d’attente, Vincent Lambert reçoit le don de vie.

Les 10 derniers mois ont été particulièrement éprouvants pour le jeune Vincent Lambert, 15 ans, et sa famille. Depuis son admission à L’Hôpital de Montréal pour enfants au début de septembre 2011, sa longue attente pour subir une indispensable transplantation cardiaque a connu son lot de hauts et de bas.

Tout a commencé quand Vincent avait trois mois. Le cœur du nouveau-né a été attaqué par un virus; la myocardite provoquée par ce virus a énormément affaibli son cœur. Le Dr Luc Jutras, son cardiologue de longue date à L’Hôpital de Montréal pour enfants, l’a suivi de près depuis ce jour, et pendant de nombreuses années, Vincent a été un enfant énergique qui ne montrait que de légers symptômes. Mais au printemps 2011, l’état de santé de ce jeune résident de Laprairie s’est aggravé.

Vincent était fatigué, affaibli et incapable de poursuivre ses activités; il est alors apparu évident que son muscle cardiaque endommagé abandonnait la partie. En fait, son cœur perdait de la force et n’arrivait plus à pomper le sang avec suffisamment de force pour l’acheminer dans tout son corps. Vincent était en insuffisance cardiaque terminale.

Étourdi, faible et de plus en plus nauséeux en raison des battements irréguliers de son cœur, Vincent a été admis à l’Unité de soins intensifs pédiatriques (USIP) au début de septembre. Vincent et sa famille ne se doutaient pas que sa chambre d’hôpital de 6 mètres sur 4,5 mètres allait devenir leur nouveau foyer pour les 10 prochains mois.

Très rapidement après son admission à l’hôpital, l’équipe de professionnels de l’USIP, les chirurgiens cardiaques et les cardiologues se sont réunis et ont décidé d’implanter à Vincent un cœur mécanique, appelé cœur de Berlin. Cet appareil informatisé, de la taille d’un petit panier d’épicerie, est programmé pour battre artificiellement et pomper le sang à un rythme précis. En fait, le cœur de Berlin devait tenir lieu de pont-relais en attendant une transplantation cardiaque, l’opération qui permettrait à Vincent de retrouver éventuellement sa vie d’adolescent.

L’implantation du cœur de Berlin a été réalisée par une équipe chirurgicale dirigée par la Dre Suzanne Vobecky. Afin d’assurer le bon fonctionnement du cœur mécanique, il a fallu éclaircir le sang de Vincent en utilisant de puissants anticoagulants. Malheureusement, ces médicaments ont provoqué des saignements récurrents dans sa poitrine qui ont entraîné plusieurs interventions chirurgicales. Une insuffisance rénale nécessitant une dialyse, attribuable à l’état de santé précaire de Vincent avant l’implantation du cœur de Berlin, est aussi venue compliquer le portrait. Les premières semaines et les premiers mois de son nouveau traitement ont vraiment été marqués par bien des hauts et des bas.

Heureusement, après un début compliqué, Vincent a commencé à faire de lents et constants progrès. Au début de 2012, l’adolescent émacié a commencé à prendre du poids, gagnant jusqu’à 20 kilos. Il a commencé à marcher dans l’hôpital et à soulever des poids dans la salle de physiothérapie, toujours avec son fidèle cœur mécanique en remorque. Mais l’attente commençait à être atrocement longue pour le jeune adolescent autrefois bien actif.

« Quand on vit si longtemps dans un hôpital, le temps passe très lentement », a répondu le jeune homme ce printemps, quand on l’a interrogé sur sa vie de tous les jours au Children. « Jouer à des jeux vidéo et discuter avec mes amis sur Facebook, ça passe le temps, mais ce n’est rien comparé à la possibilité de jouer avec mon chien quand je veux, ou d’aller à La Ronde avec mes amis. »

Un matin, après près de 10 mois d’attente, la nouvelle que Vincent, sa famille et toute son équipe médicale attendaient est finalement arrivée. En effet, au cours de la semaine du 15 juin 2012, on a annoncé à Vincent et à sa famille qu’un cœur compatible, d’un donneur anonyme, était enfin disponible.

« C’était pour nous un moment surréaliste », se souvient la mère de Vincent, Lyne Chabot, quand elle parle du moment où elle a appris qu’un cœur était disponible pour son fils. « D’un côté, nous étions si soulagés et heureux de savoir que notre fils allait avoir une deuxième chance de vivre, et de l’autre côté, nous étions incroyablement tristes pour la famille qui avait perdu un être cher. Nous étions submergés d’émotion et éperdus de reconnaissance en pensant à sa décision courageuse de donner les organes de l’être aimé. »

Le Dr Renzo Cecere, directeur du Programme d’assistance ventriculaire mécanique et directeur chirurgical du Programme d’insuffisance cardiaque et de transplantation cardiaque du Centre universitaire de santé McGill, a orchestré tout le processus de transplantation. « Pour faire une transplantation cardiaque, il faut effectuer une série de trois interventions chirurgicales, explique-t-il. Dès qu’on nous a informés du don, j’ai fait la première intervention qui consiste à prélever le cœur du donneur. Une fois cette intervention terminée, le cœur a été transporté à L’Hôpital de Montréal pour enfants, où Vincent avait été préparé et était maintenant prêt pour la délicate opération en deux parties qui bouclerait la transplantation. »

C’est le Dr Christo Tchervenkov, chef de la division de chirurgie cardiovasculaire pédiatrique à L’Hôpital de Montréal pour enfants, qui a pratiqué la première partie de la transplantation cardiaque sur Vincent. « Il fallait d’abord ouvrir son thorax pour la 5e fois, sectionner le tissu cicatriciel dense, installer les canules pour la circulation extracorporelle, retirer son cœur endommagé (qui était encore dans son thorax bien que Vincent ait été relié à un cœur de Berlin pendant neuf mois), et retirer les canules du cœur de Berlin, explique-t-il. Le Dr Cecere a ensuite pris la relève pour la deuxième partie de cette intervention en implantant le cœur du donneur pour que Vincent n’ait plus à dépendre d’un appareil pour pomper son sang; son nouveau cœur pouvait maintenant faire le travail. »

Grâce aux soins absolument exceptionnels que lui ont prodigués les médecins, les infirmières, les perfusionnistes et les professionnels paramédicaux de l’équipe interdisciplinaire de l’USIP au cours des mois précédant l’intervention et des quelques jours qui l’ont suivi, Vincent s’est rétabli incroyablement vite de sa transplantation. Le 26 juin 2012, à peine 2 semaines après avoir reçu son nouveau cœur, Vincent a fait le voyage tant attendu de l’hôpital vers la maison où il a passé sa toute première nuit dans son lit avec son cher chien Max à ses côtés.

Quand il parle de son expérience, Vincent répond avec franchise : « L’attente a été longue, et parfois c’était vraiment difficile de ne pas savoir combien de temps je resterais à l’hôpital, dit-il. Maintenant que ces 10 mois sont derrière moi, je suis heureux de pouvoir aller dehors, passer du temps avec mes amis et bientôt retourner à l’école. Je serai à jamais reconnaissant à mon donneur et à sa famille pour la décision qu’ils ont prise. Ils m’ont fait le plus beau cadeau que je pouvais espérer : mon avenir. »

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