Dr Emil: "Je considère les soins aux patients comme les appuis-livres de la médecine"

Par Louis,

Apprenez à connaître Dr Emil:

LE DR SHERIF EMIL EST DIRECTEUR DE LA DIVISION DE CHIRURGIE GÉNÉRALE ET THORACIQUE PÉDIATRIQUE DU CHILDREN ET PROFESSEUR DE CHIRURGIE PÉDIATRIQUE À L’UNIVERSITÉ MCGILL.

À quel moment avez-vous réalisé que vous vouliez devenir médecin, ou travailler dans le domaine médical?

Je ne m’en suis rendu compte qu’à mi-chemin dans mes études de premier cycle en génie. Mes deux parents étaient médecins et j’étais enfant unique, alors pour tout le monde, il était évident que j’allais devenir médecin un jour. Je n’aimais pas cette attitude. C’est comme si j’étais prédestiné et que je n’avais pas mon mot à dire. Mais j’ai aussi réalisé que le génie n’était pas fait pour moi. J’aimais les rapports humains, j’aimais l’intensité. J’ai quand même terminé mes études en génie et je me suis ensuite dirigé vers la médecine avec l’idée de devenir pédiatre. J’ai découvert que la chirurgie pédiatrique représentait pour moi le meilleur des deux mondes puisqu’elle combinait mon amour des gens, surtout les enfants, et mon intérêt pour les questions techniques et la résolution de problème, intérêt qui provenait de mes études en génie. J’imagine que parfois, il ne faut pas s’opposer à sa destinée!

Donc, si vous n’étiez pas devenu médecin, vous seriez aujourd’hui ingénieur?

Non! En fait, je pense que je ne le serais jamais devenu! Je ne suis pas un technicien. Même l’aspect commercial du génie ne m’attirait pas. J’aurais probablement bifurqué vers l’enseignement, peut-être les sciences politiques ou quelque chose du genre où il y a beaucoup d’interactions et de concessions. J’aime beaucoup la politique et je n’écarte pas complètement l’idée de me lancer en politique un jour!

Si vous étiez obligé de choisir entre l’enseignement, la recherche, les soins aux patients et l’apprentissage, quel serait votre choix?

Les soins aux patients, sans l’ombre d’un doute. Pour moi, la médecine commence et se termine avec le patient. Je considère les soins aux patients comme les appuis-livres de la médecine. Tout le reste, la recherche, l’enseignement, l’administration, la planification, se situe au milieu. Et si nous négligeons d’accorder la priorité au patient, si les appuis-livres ne sont pas solides, tout s’écroule.

Vous vous êtes rendu six fois en Afrique bénévolement. Pourquoi l’avoir fait?

Une partie de cet engagement est un héritage de ma propre enfance alors que mes parents travaillaient au Nigéria comme médecins où ils faisaient tout puisqu’ils étaient les deux seuls médecins dans une importante communauté. Cela m’a marqué. Je me rends en Afrique parce que cela me permet de recharger mes batteries : cela me rappelle le principe fondamental de la médecine et de la chirurgie qui est d’être au service des gens. En mars dernier, j’ai fait des interventions chirurgicales à bord de l’Africa Mercy, un navire hôpital amarré à Madagascar. Tout était axé sur le travail d’équipe et les soins aux enfants, qui n’avaient pas d’autres options. Ce type d’environnement me redonne de l’énergie. Je prévois y retourner en janvier prochain.

Avez-vous un rituel avant d’entrer au bloc opératoire?

Je prie. La chirurgie pédiatrique favorise l’humilité. Pensez-y : il y a une seule chose dans la vie qui requiert plus de confiance que de confier votre vie à un chirurgien, et c’est de lui confier votre enfant. Je ne prends pas cette responsabilité à la légère, alors je demande à Dieu de m’accompagner chaque jour et pour chaque cas.

Qu’est-ce que le fait de travailler si étroitement avec les familles vous a appris?

J’ai appris à quel point les familles sont indulgentes et fortes. Je dis toujours aux étudiants et aux résidents : « Vous vous rapprochez des familles dont vous avez sauvé la vie de leur enfant, mais vous vous rapprochez encore plus des parents qui ont perdu un enfant. » Je vois des parents vivre leur deuil et leur renaissance. Ne pas tenir la vie pour acquise est une grande leçon d’humilité. Je n’arrive pas à comprendre d’où vient toute cette force. En tant que père, je ne sais pas si j’aurais une telle force. Chaque jour est une leçon, qui se renouvelle  constamment.

Si on vous offrait un super pouvoir, n’importe lequel, que serait-il?

Je crois sincèrement qu’on m’a donné le pouvoir de guérir. Y a-t-il quelque chose de plus important que cela?!

Pour quelle raison aimeriez-vous que les gens se souviennent de vous?

C’est une question à laquelle de nombreux chirurgiens ont de la difficulté à répondre. Nous sacrifions une si grande partie de notre vie personnelle. J’ai commencé à pratiquer la chirurgie à l’âge de 36 ans parce que ma formation a duré 17 ans. Malgré tout cet investissement, quelle est la probabilité que je passe à l’histoire pour avoir accompli quelque chose d’innovateur, d’unique? Soyons honnêtes, il y a très peu de médecins qui passent à l’histoire. Je souhaite que mon héritage puisse aller aux patients que j’ai touchés. Un petit patient à la fois, un petit héritage à la fois.

Écrire un commentaire

(optionnel)

© 2018 La Fondation de
l’Hôpital de Montréal pour Enfants

Une réalisation d’iXmédia